From zoul at no-log.org Tue Dec 11 17:10:06 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Tue Dec 11 17:10:54 2007 Subject: [L'autre (tour du) monde de zoul...] Juste quelques rencontres de plus ? Et la lutte doit continuer ! Message-ID: <51181.AQsFWFkAX3c=.1197389406.squirrel@webmail.no-log.org> Il faudrait que je prennes plus de temps pour écrire. Mais depuis un mois, les choses se sont encore enchainées à une vitesse incroyable. D'abord, ce séjour imprévu en Islande qui m'a occupé toute la fin du mois de novembre. A peine le temps de souffler en France, entre quelques réunions et l'assemblée générale du CADTM, qu'il était déjà temps de reprendre la route de Roissy, direction Portugal cette fois. Bonjour l'empreinte écologique ! J'oublais de me présenter aux nouveaux abonnés. Ici Zoul, on s'est croisé ces derniers jours à Lisbonne, et je crois qu'on va garder le contact, non? J'aurais voulu écrire sur mon séjour islandais, tellement magnifique, et aussi difficile parfois, mais le temps m'a manqué. Je ne désespère pas de trouver le temps de le faire prochainement... Mais venons-en à l'actualité brûlante : le sommet des chefs d'états d'Afrique et d'Europe, dans la droite ligne des sommets Afrique-France, pour ne pas dire Françafrique, vient de se dérouler ce week-end à Lisbonne. Vous en avez sans doute entendu parler et je voulais moi vous parler des deux événements parallèles qui ont connus moins de publicité, mais qui méritent toutefois un peu d'attention. J'avais donc repérer cet événement et, je pouvais me féliciter d'avoir été retenu pour participer officiellement au sommet des jeunes qui avait lieu en prélude à celui des chefs d'états, ainsi qu'au sommet alternatif... Sans être trop long, je vais donc essayer de partager ici quelques réflexions suscitées au cours de ces derniers jours. On verra que ces deux événements, bien que totalement opposés à priori, ont semblé souffrir d'un certain nombre de difficultés communes. Aucune commune mesure en revanche en ce qui concerne la lecture de la nature de la relation Europe-Afrique. Tout d'abord, le sommet de la jeunesse, sur lequel il n'y a pas grand chose à dire en définitive : nous sommes bien là en présence d'un sommet qui s'inscrit presque totalement dans la logique néo-coloniale qui sous-tend l'essentiel des relations entre l'Europe et l'Afrique. Malheureusement, et alors que je croyais naïvement le contraire, la majorité des choix et des pratiques mises en oeuvres au cours du processus menant à cette rencontre le démontrent, et s'expliquent notamment par l'origine des financements et des structures organisatrices principalement issues du côté européen. A l'image des relations actuelles entre l'Europe et l'Afrique, un manque de transparence et de communication sur l'ensemble des étapes caractérise l'organisation. Les organisations africaines « retenues » ne peuvent être considérées comme représentantes de la jeunesse africaine, avec une mention toute spéciale à l'Union de la Jeunesse Panafricaine, dont pas un seul des représentants ne pouvaient prétendre avoir moins de 40 ans, et encore je suis gentil. Aucun outil n'avait été mis en place pour favoriser le débat, l'échange à travers l'internet, entre les organisations de jeunesses du nord et du sud, ce qui est étonnant à l'heure où tout le monde s'accorde à souligner l'importance des NTIC. Il est incroyable également de voir que les langues européennes dominaient totalement les débats, mettant immédiatement en position de de faiblesses les participants africains. Ne parlons pas des repas, et des habitudes européennes auxquels les africains sont invités à s'adapter, et qui sont si peu remises en cause ou en question, y compris par les participants africains. Le plus important, le processus de consultation est systématiquement mis en oeuvre de façon à limiter le temps des débats, à travers des jeux, des présentations, des travaux en petits groupes, des interventions et un encadrement qui sous prétexte de favoriser la libre-expression des uns et des autres, empêchent en réalité la fabrication d'un consensus différent des orientations néo-libérales proposées. Quand bien même celles-ci sont vivement exprimés, notamment par votre serviteur, les avis et critiques exprimés ne se retrouvent pas dans les documents issues des travaux, et nombreux se posent la question de l'utilité d'une telle consultation. Au final, une déclaration super plate, presque consensuelle, si l'on exclut la condamnation de la politique des visas mise en place par l'Europe, une référence à l'élimination des paradis fiscaux, et un mot jeté concernant la taxation des transactions financières. Côté commerce, hors de question de refuser les Accords de Partenariats Economiques, comme l'on fait avec courage les gouvernements africains, mais il s'agit plutôt pour la jeunesse Euro-Africaine "d'étudier toutes alternatives aux APE". Tu parles d'une blague ! Et l'autre gus de la Commission Européenne qui vient sans honte nous expliquer que le défi de la jeunesse, c'est d'établir un marché ouvert, et de faciliter la liberté de mouvement... On nous sort ça depuis 20 ans ! Il a pas entendu parler, lui, des millions d'africains qui fuient le continent à la recherche d'un espoir de vie, de survie ? Il a pas constaté l'alcoolisme, la dépression, l'apathie généralisée des sociétés occidentales ? Bref, après trois jours en la compagnie de cette odieuse jeunesse, j'étais pas loin d'avoir le moral dans les talons, et il était temps de retrouver un monde qui m'est plus familier : celui de la contestation, de la remise en cause de l'ordre établi, et de la formulation des alternatives, à travers la participation au sommet intitulé avec imagination : « Afrique – Europe : Quelles alternatives ? ». De là à vraiment les mettre en oeuvre, y'a encore de la marge... Ici donc, des organisations engagées, fortement politisées, portaient un regard très critique sur l'histoire continue de domination entre les deux continents. Cependant, bien que ça fasse plaisir de se retrouver en terrain connu, rien de bien neuf sous le soleil : toujours les mêmes discours, les mêmes gémissements, sans vraiment proposer de pistes d'organisations, de stratégies, et surtout, c'était patent, une certaine incapacité à mobiliser au delà des cercles restreints de militants ultra-informés. Une faculté des beaux-arts à moitié vide lors des conférences-débats, en particulier le samedi matin, tandis que la manifestation du dimanche après-midi, en centre-ville, nous remontaient un peu le moral, dans une ambiance festive fanfare, qui nous faisaient presque oublier l'espace d'un instant le drame tragique qui se déroule au même moment à quelques centaines de kilomètres de là... L'impression également de passer à côté de quelques choses. Alors que nous relevons un défi difficile : réunir une centaine de participants, représentants d'organisations venues d'Europe et de nombreux pays d'Afrique, on ressent bien la difficulté à organiser les débats pour permettre un véritable échange d'expériences, un partage de nos succès et de nos échecs, de nos astuces et de nos difficultés, l'impossibilité de mettre en oeuvre une stratégie d'élargissement des collectifs que nous sommes... Bon, c'est peut-être un peu à chaud que j'écris ça, j'aurai sans doute besoin d'un peu plus de recul peut-être pour être un peu plus précis et ne rien oublier. Je viens de passer ces deux derniers jours à me trimballer dans une ville de Lisbonne à 18°C et c'est bien agréable. Les routes pavés sont enivrantes, les vieux batiments se chevauchent collines après collines. En haut de la ville, la vue sur la rivière Tejo a quand même de la gueule. J'ai été accueilli par une équipe formidable, dans une maison qui s'appelle la Komuna et où vivent une dizaine d'individus tous plus charmants les uns que les autres. Je suis aussi content de rentrer à Paris. J'ai envie de m'occuper à dynamiser une webradio au service des mouvements sociaux et des luttes, sans oublier la préparation d'une seconde « étrange rencontre » en lui donnant si possible une véritable dimension européenne ce coup-ci... 6 mois qui promettent d'être exaltants, non ? (Faut aussi que je pense à m'inscrire au RMI..) J'ai mis quelques photos de tout ça sur ma toute nouvelle page "Facebook", je me demande si j'ai bien fait d'ouvrir cette connerie là, comme si je passais pas assez de temps devant ma saloperie d'ordinateur : http://www.facebook.com/profile.php?id=657221106 Bon, c'est tout ce que j'avais à déclarer pour le moment. Si je pars pas tout de suite, je vais rater mon avion. On garde le contact, et pour ceux qui m'écrivent pas depuis des mois, donnez des nouvelles, merci ! Zoul, Lisbonne, 11 décembre 2007 zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com From zoul at no-log.org Wed Dec 12 19:45:41 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Wed Dec 12 19:47:37 2007 Subject: [L'autre (tour du) monde de zoul...]Paris classique Message-ID: <51972.AQACClhTW3w=.1197485141.squirrel@webmail.no-log.org> Je suis sorti faire un tour. Il faisait froid. Au bureau de poste, qui n'est pas bien grand, mais qui a entièrement été refait, genre supermarché, j'ai compté 12 caméras de surveillance, dont une derrière chaque employé. Ensuite, j'ai pris le métro en direction du parc du Luxembourg. J'ai croisé 4 personnes qui avaient faim, souvent avec des fautes d'orthographe. J'ai vu un film qui ne m'a pas plu. Souffle. Pas du tout. Puis j'ai marché jusqu'à la station Châtelet, traversant l'île Saint Louis. Sur le boulevard St Michel, un con en voiture écoutait de la musique de merde, un genre de techno, et tout le monde en bénéficiait. Les bâtiments au bord de la Seine sont magnifiques la nuit, éclairés. La Seine agitée par le vent avait aussi du charme. Je me suis engouffré dans le métro Place du Châtelet, où tout le monde attendait son rendez-vous au téléphone. Metro Goncourt, le vendeur de fruits est toujours là. J'ai remonté les escaliers en courant. Rue du Faubourg du Temple, un homme noir écoutait Tiken Jah Fakoly dans sa voiture a un volume raisonnable lui. Il y a toujours autant de voitures et de fourgonnettes de polices qui tournent un peu partout. Mon ami Fresia dit que Paris est devenu ultrafliquée. Dans l'escalier, j'ai dit bonsoir à un voisin qui vit au dessus de chez moi. C'était la première fois que je le voyais. Il m'a répondu. A part ça, et les deux guichetiers de la poste et du cinéma, je n'ai parlé à personne. J'ai bien croisé le regard de quelques personnes, mais il ne faut pas trop insister. Jusqu'ici tout va bien. Zoul zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com From zoul at no-log.org Wed Dec 19 01:11:18 2007 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Wed Dec 19 01:13:31 2007 Subject: [Le retour du tour de zoul...] Adresse email en panne et autres nouvelles... Message-ID: <476861A6.6010009@no-log.org> Bonjour à tous, Ce mail pour passer deux/trois infos importantes et urgentes... Vous êtes 1298 à vous faire régulièrement spammer la tête par Zoul. Pour vous désinscrire, écrivez moi un petit mot gentil, et ce sera immédiat, sinon... *Info 1 :* Mon email zoul@no-log.org ne fonctionne plus, suite à un sérieux problème technique chez le fournisseur (!) Vous pouvez toujours m'écrire sur zoulweb@gmail.com que j'utilise habituellement pour mes abonnements aux listes et newsletters. Si no-log ne revenait pas, j'utiliserais pour mes amis l'adresse zoul@altern.org où vous pouvez toujours m'écrire (en particulier pour les besoins "discrets".) *Info 2 :* Certains m'avaient demandés des nouvelles de Kébé, arrêté et détenu au mois de Novembre, et dont j'avais parlé ici... La mobilisation a fini par payer, et après 32 jours de rétention, et en l'absence de laissez-passer délivré par le consulat de Côte d'ivoire, Kébé a été relaché. Il est donc libre, et l'on peut s'en réjouir. Il est libre de vivre caché, traqué, et libre de tout mettre en oeuvre pour éviter de retomber dans les filets de la police qui s'acharne toujours en cette fin d'année. Le forum figaro.fr dans son ensemble laisse penser que 25 000 par an c'est bien peu, et qu'il faut accélérer le rythme des expulsions. Du côté de Bamako, 125 rapatriés/expulsés d'Espagne saccagent tout à leur arrivée à l'aéroport... Le choc semble inévitable. On y vient doucement... *Info 3 :* Je commence à monter une webradio, la radio de la crise des crises, dans la lignée de la radio du ministère de la crise du logement. Situé au 2 Rue de la banque, en face de la place de la bourse, nos studios ont une vue splendide sur la place où devrait avoir lieu d'ici quelques mois, si nos prévisions sont exacts, les premières émeutes parisiennes contre la finance internationale... On monte donc actuellement une équipe d'animateurs/reporters enragés, on commence par mettre en place des émissions, on travaille sur le site web, bref, il y a 1000 choses à faire pour lutter contre le froid ambiant, donc faites un signe pour nous rejoindre... *Info 4 :* La déclaration finale du contre sommet Europe Afrique de Lisbonne est en ligne : "Nous, militants de la société civile engagés dans de nombreux mouvements de base et organisations citoyennes en Afrique et en Europe, nous sommes rencontrés à Lisbonne du 7 au 9 décembre 2007 pour exprimer notre opposition et notre résistance aux politiques néolibérales que les gouvernements européens et africains mettent en oeuvre dans nos pays, et dont ils veulent faire le cadre structurant du « Partenariat stratégique Afrique-UE ». Alors que les dirigeants de deux continents se rassemblaient à Lisbonne pour décider du futur de l'Afrique, nous nous sommes réunis pour approfondir le dialogue politique et social entre nos peuples car nous défendons notre droit à résister et proposer des alternatives à ces politiques, et nous avons confiance en notre capacité à les mettre en pratique." La suite : http://africa-europa-alternativas.blogspot.com/2007/12/dclaration-finale.html L'étrange rencontre version 2008, avec plus d'européens dedans, est également en cours de préparation... Soyez donc à l'écoute... Bonnes luttes à tous, Zoul -------------- section suivante -------------- Une pièce jointe HTML a été enlevée... URL: /marchives/zoulstory/attachments/20071219/828e728f/attachment.html