[L'autre (tour du) monde de zoul...] Juste quelques rencontres de plus ? Et la lutte doit continuer !

Zoul zoul at no-log.org
Mar 11 Déc 17:10:06 CET 2007


Il faudrait que je prennes plus de temps pour écrire. Mais depuis un mois,
les choses se sont encore enchainées à une vitesse incroyable. D'abord, ce
séjour imprévu en Islande qui m'a occupé toute la fin du mois de novembre.
A peine le temps de souffler en France, entre quelques réunions et
l'assemblée générale du CADTM, qu'il était déjà temps de reprendre la
route de Roissy, direction Portugal cette fois. Bonjour l'empreinte
écologique !

J'oublais de me présenter aux nouveaux abonnés. Ici Zoul, on s'est croisé
ces derniers jours à Lisbonne, et je crois qu'on va garder le contact,
non?

J'aurais voulu écrire sur mon séjour islandais, tellement magnifique, et
aussi difficile parfois, mais le temps m'a manqué. Je ne désespère pas de
trouver le temps de le faire prochainement...

Mais venons-en à l'actualité brûlante : le sommet des chefs d'états
d'Afrique et d'Europe, dans la droite ligne des sommets Afrique-France,
pour ne pas dire Françafrique, vient de se dérouler ce week-end à
Lisbonne.
Vous en avez sans doute entendu parler et je voulais moi vous parler des
deux événements parallèles qui ont connus moins de publicité, mais qui
méritent toutefois un peu d'attention. J'avais donc repérer cet événement
et, je pouvais me féliciter d'avoir été retenu pour participer
officiellement au sommet des jeunes qui avait lieu en prélude à celui des
chefs d'états, ainsi qu'au sommet alternatif...

Sans être trop long, je vais donc essayer de partager ici quelques
réflexions suscitées au cours de ces derniers jours. On verra que ces deux
événements, bien que totalement opposés à priori, ont semblé souffrir d'un
certain nombre de difficultés communes. Aucune commune mesure en revanche
en ce qui concerne la lecture de la nature de la relation Europe-Afrique.

Tout d'abord, le sommet de la jeunesse, sur lequel il n'y a pas grand
chose à dire en définitive : nous sommes bien là en présence d'un sommet
qui s'inscrit presque totalement dans la logique néo-coloniale qui
sous-tend l'essentiel des relations entre l'Europe et l'Afrique.
Malheureusement, et alors que je croyais naïvement le contraire, la
majorité des choix et des pratiques mises en oeuvres au cours du processus
menant à cette rencontre le démontrent, et s'expliquent notamment par
l'origine des financements et des structures organisatrices principalement
issues du côté européen. A l'image  des relations actuelles entre l'Europe
et l'Afrique, un manque de transparence et de communication sur l'ensemble
des étapes caractérise l'organisation. Les organisations africaines «
retenues » ne peuvent être considérées comme représentantes de la jeunesse
africaine, avec une mention toute spéciale à l'Union de la Jeunesse
Panafricaine, dont pas un seul des représentants ne pouvaient prétendre
avoir moins de 40 ans, et encore je suis gentil. Aucun outil n'avait été
mis en place pour favoriser le débat, l'échange à travers l'internet,
entre les organisations de jeunesses du nord et du sud, ce qui est
étonnant à l'heure où tout le monde s'accorde à souligner l'importance des
NTIC. Il est incroyable également de voir que les langues européennes
dominaient totalement les débats, mettant immédiatement en position de de
faiblesses les participants africains. Ne parlons pas des repas, et des
habitudes européennes auxquels les africains sont invités à s'adapter, et
qui sont si peu remises en cause ou en question, y compris par les
participants africains.

Le plus important, le processus de consultation est systématiquement mis
en oeuvre de façon à limiter le temps des débats, à travers des jeux, des
présentations, des travaux en petits groupes, des interventions et un
encadrement qui sous prétexte de favoriser la libre-expression des uns et
des autres, empêchent en réalité la fabrication d'un consensus différent
des orientations néo-libérales proposées.

Quand bien même celles-ci sont vivement exprimés, notamment par votre
serviteur, les avis et critiques exprimés ne se retrouvent pas dans les
documents issues des travaux, et nombreux se posent la question de
l'utilité d'une telle consultation. Au final, une déclaration super plate,
presque consensuelle, si l'on exclut la condamnation de la politique des
visas mise en place par l'Europe, une référence à l'élimination des
paradis fiscaux, et un mot jeté concernant la taxation des transactions
financières. Côté commerce, hors de question de refuser les Accords de
Partenariats Economiques, comme l'on fait avec courage les gouvernements
africains, mais il s'agit plutôt pour la jeunesse Euro-Africaine
"d'étudier toutes alternatives aux APE". Tu parles d'une blague ! Et
l'autre gus de la Commission Européenne qui vient sans honte nous
expliquer que le défi de la jeunesse, c'est d'établir un marché ouvert, et
de faciliter la liberté de mouvement... On nous sort ça depuis 20 ans !

Il a pas entendu parler, lui, des millions d'africains qui fuient le
continent à la recherche d'un espoir de vie, de survie ? Il a pas constaté
l'alcoolisme, la dépression, l'apathie généralisée des sociétés
occidentales ?

Bref, après trois jours en la compagnie de cette odieuse jeunesse, j'étais
pas loin d'avoir le moral dans les talons, et il était temps de retrouver
un monde qui m'est plus familier : celui de la contestation, de la remise
en cause de l'ordre établi, et de la formulation des alternatives, à
travers la participation au sommet intitulé avec  imagination : « Afrique
– Europe : Quelles alternatives ? ». De là à vraiment les mettre en
oeuvre, y'a encore de la marge...

Ici donc, des organisations engagées, fortement politisées, portaient un
regard très critique sur l'histoire continue de domination entre les deux
continents. Cependant, bien que ça fasse plaisir de se retrouver en
terrain connu, rien de bien neuf sous le soleil : toujours les mêmes
discours, les mêmes gémissements, sans vraiment proposer de pistes
d'organisations, de stratégies, et surtout, c'était patent, une certaine
incapacité à mobiliser au delà des cercles restreints de militants
ultra-informés. Une faculté des beaux-arts à moitié vide lors des
conférences-débats, en particulier le samedi matin, tandis que la
manifestation du dimanche après-midi, en centre-ville, nous remontaient un
peu le moral, dans une ambiance festive fanfare, qui nous faisaient
presque oublier l'espace d'un instant le drame tragique qui se déroule au
même moment à quelques centaines de kilomètres de là...

L'impression également de passer à côté de quelques choses. Alors que nous
relevons un défi difficile : réunir une centaine de participants,
représentants d'organisations venues d'Europe et de nombreux pays
d'Afrique, on ressent bien la difficulté à organiser les débats pour
permettre un véritable échange d'expériences, un partage de nos succès et
de nos échecs, de nos astuces et de nos difficultés, l'impossibilité de
mettre en oeuvre une stratégie d'élargissement des collectifs que nous
sommes...

Bon, c'est peut-être un peu à chaud que j'écris ça, j'aurai sans doute
besoin d'un peu plus de recul peut-être pour être un peu plus précis et ne
rien oublier. Je viens de passer ces deux derniers jours à me trimballer
dans une ville de Lisbonne à 18°C et c'est bien agréable. Les routes pavés
sont enivrantes, les vieux batiments se chevauchent collines après
collines. En haut de la ville, la vue sur la rivière Tejo a quand même de
la gueule.

J'ai été accueilli par une équipe formidable, dans une maison qui
s'appelle la Komuna et où vivent une dizaine d'individus tous plus
charmants les uns que les autres. Je suis aussi content de rentrer à
Paris. J'ai envie de m'occuper à dynamiser une webradio au service des
mouvements sociaux et des luttes, sans oublier la préparation d'une
seconde « étrange rencontre » en lui donnant si possible une véritable
dimension européenne ce coup-ci...

6 mois qui promettent d'être exaltants, non ?
(Faut aussi que je pense à m'inscrire au RMI..)

J'ai mis quelques photos de tout ça sur ma toute nouvelle page "Facebook",
je me demande si j'ai bien fait d'ouvrir cette connerie là, comme si je
passais pas assez de temps devant ma saloperie d'ordinateur  :

http://www.facebook.com/profile.php?id=657221106

Bon, c'est tout ce que j'avais à déclarer pour le moment.
Si je pars pas tout de suite, je vais rater mon avion.
On garde le contact, et pour ceux qui m'écrivent pas depuis des mois,
donnez des nouvelles, merci !

Zoul, Lisbonne, 11 décembre 2007
zoul at no-log.org
http://www.zoulstory.com


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