From zoul at no-log.org Thu Nov 5 15:49:04 2009 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Thu Nov 5 15:53:05 2009 Subject: [Zoulstory.com] =?iso-8859-1?q?=AB=A0La_lutte_continue=2E=2E=2E=A0=BB_=E0_Ouagad?= =?iso-8859-1?q?ougou=2E=2E=2E?= Message-ID: <51930.UAZUWFZQWSs=.1257432544.squirrel@webmail.no-log.org> C'est pas moi qui le dit. C'est le directeur-adjoint du service « étrangers » du bureau de l'immigration à Cotonou. Un des services des renseignements généraux du Bénin, aussi appelé DST pour Direction de la Surveillance du Territoire. Quand il me croise dans son bureau, l'homme lève son poing en symbole de résistance. Après 4 jours passés à Cotonou, c'est sans doute le souvenir le plus amusant. Même si ces quelques jours furent autrement bien remplis. Il serait trop long de raconter par le menu la discussion qui nous a amené à mieux nous connaître, mais j'ai été convoqué, suite au refus de ce service de me prolonger mon visa : on me reprochait d'avoir indiqué une adresse d'un hôtel, où je ne résidais pas effectivement. Le Bénin applique depuis peu une politique de réciprocité qui vise en particulier les français. Quel plaisir pour eux visiblement d'infliger aux français des pénalités, des amendes, ou d'imposer à chacun de fournir un certificat d'hébergement justifiant d'un logement au Bénin. Après de longues explications et un plaidoyer incroyable, le bonhomme a vu qu'il avait à faire à un drôle de français : je portais tout de même le t-shirt de Survie « On arrête quand ? » et mon ordinateur arborait un bel autocollant « Fortress Europe ». Tout ça m'a sauvé, et pour la première fois, il est revenu sur sa décision d'infliger une amende, et m'a finalement prolongé le visa... Après quelques jours à Cotonou, nous nous sommes retrouvés au Togo, à l'université de Lomé, puis dans un village, à Hangoumé, à 65km de Lomé, pour une matinée exceptionnelle. J'espère revenir sur ces événements sur lesquels j'ai beaucoup à dire, mais le temps nous manque. En effet, à peine finies les activités avec le CADTM, nous avons pris la route direction Ouagadougou, pété l'embrayage, crevé 3 pneus, conduit 36 heures, pour arriver, épuisé, pour la première journée du FILEP : un festival sur la liberté de la presse qui réunit 200 journalistes engagés de 40 pays d'Afrique. Actuellement les débats sont en cours, et nous devons suivre avec attention. Ce message pour vous signaler qu'il est possible de suivre les travaux sur le site que nous animons ici : www.filep.org. Après le FILEP, nous partons visiter la ferme agro-écologique de Guié, puis nous redescendons par le Ghana, pour rendre visite à la communauté qui souhaite accueillir un projet de tourisme solidaire autour de l'agriculture et du monde paysan... Zoul zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com Je suis joignable à Ouaga au +228.78.15.53.25. From zoul at no-log.org Sun Nov 22 07:41:39 2009 From: zoul at no-log.org (Zoul) Date: Sun Nov 22 07:43:18 2009 Subject: [Zoulstory.com] Le =?iso-8859-1?q?r=EAve_r=E9alis=E9_du_vieil_oncle_Germain=2C_e?= =?iso-8859-1?q?t_30_ans_dan?= s quelques jours... Bon moment pour un bilan ? Message-ID: <29661.BgsECg5QWXw=.1258872099.squirrel@webmail.no-log.org> Ce soir, le vieil oncle Germain, celui qui a élevé et "géré" seul depuis des années toute une famille, de nombreux enfants et tant d'orphelins, dont ma femme, s'est envolé pour les Etats-Unis. Il a joué l'an passé, comme tout le monde ici, à la Loterie-Visa américaine et a gagné ! Passé des examens de santé, des entretiens avec les américains, à l'ambassade, la grande ambassade construite récemment à Lomé, et a finalement reçu, malgré son age avancé, le sésame rêvé, et a pris son vol il y a une heure, direction Paris, puis New-York... À 63 ans, le vieux réalise un vieux rêve. Il reprend le chemin du ciel et de l'Occident, après 30 années sans avion, de retour alors de Hongrie, où il avait travaillé quelques années. Nous étions nombreux à l'aéroport à lui témoigner notre reconnaissance, et à lui souhaiter bon vent, lui qui est si attaché à cette terre d'Afrique, et à ses traditions, et qui aura sans doute du mal dans cette grande Amérique devenu le symbole de la folie de ce monde. Il nous laisse une superbe "villa" et une cour toujours fraiche et agréable, pleine d'arbres tous plus beaux les uns que les autres, mais aussi des terrains à cultiver ici et là, et une famille importante aussi, dont il faudra prendre soin face aux coups difficiles de la vie, et on sait qu'ils sont nombreux dans le contexte togolais. Aux Etats-Unis, il essayera de travailler, puis d'acquérir la nationalité et de faire venir, pour étudier et travailler ses nombreux enfants, et petits enfants... De mon côté, à bientôt 30 ans, il s'agit de passer aux choses sérieuses. Après bientôt 15 ans de lutte, même si la rage continue de me porter, il est plus que temps d'orienter mes combats d'une façon différente, clairement. L'activisme frénétique devra laisser place au cours des 10 prochaines années, à un projet plus construit, plus cohérent, peut-être aussi plus ancré localement. Je devrai pour cela faire preuve de patience, de talent, mais aussi être capable de réaliser des choix qui aujourd'hui semblent s'imposer à moi peu à peu, même si j'ai encore du mal à trancher sur certains points. Que retenir de ces dernières années ? Les voyages évidemment : le fondateur Chiapas en 98, puis le tour du monde de 2001 à 2003 (Asie, Australie, Nouvelle-Zélande, puis Amérique du Sud pendant un an...) Puis l'Afrique bien sûr, à partir de 2003. L'Afrique qui a séduit mon coeur, puisque j'ai commencé à y fonder une nouvelle famille, avec ma femme Enyo, rencontrée en 2003 au Togo, et qui n'était alors qu'une "petite" lycéenne de Lomé. Elle revient aujourd'hui sur le continent avec un master 2 de Sciences Politiques de la Sorbonne, et elle fait ma fierté, et celle de toute sa famille. Elle se propose un nouveau défi avec la réalisation d'une thèse sur le Togo et le Ghana dont les contours appellent une certaine discrétion. L'Afrique, où j'ai su trouvé aussi un terrain fertile pour l'expression de ma colère dans de nombreuses luttes, en lien avec mon pays d'origine la France : c'est évidemment ce combat contre la Françafrique bien sûr, ses acteurs évidemment, mais aussi les mécanismes et les idées qui la sous-tendent : le racisme et le néo-colonialisme. Plus largement, le combat contre la Mafiafrique des paradis fiscaux, des sociétés militaires privées, des multinationales toutes puissantes, et du nouvel ordre mondial qui impose sur toute la planète sa domination, et qui risque bien de nous la foutre en l'air. Quelques intérêts privés, quelques transnationales cachent le pire de leurs activités dans ces paradis fiscaux, et l'on feint encore de s'émouvoir ou de s'étonner, tandis qu'un milliard de personnes crèvent de faim, et n'ont pas accès à l'eau potable, quand on débloque au même moment des milliers de milliards de dollars pour engraisser les banquiers et les traders qui pourrissent nos vies à tous. Ce militantisme est une grande source de bonheur pour moi. Ces luttes, ces résistances m'ont permis de rencontrer tant d'hommes et de femmes qui me donnent la force, l'énergie, et l'envie de continuer à me battre jusqu'aujourd'hui. La lutte continue, bien sûr ! Une pensée tout de même pour le travail salarié, ce fléau, qui a aussi tout de même malgré moi occupé une part considérable de mon temps. Bien qu'elles ne furent pas toujours totalement inintéressants, les périodes de boulot, même si souvent limitées à des périodes assez courtes, furent en général des moments de vie assez pénibles, des formes de parenthèses en attendant de vivre, vraiment. J'envie sincèrement ceux qui sont heureux dans leurs boulots, qui parviennent à gagner leurs vies tout en s'épanouissant, sans les diktats et les contraintes d'une autorité quelconque, sans les contradictions subtiles liées à un financement reçu, sans la menace d'un licenciement, le burocratisme et les congés payés 5 semaines + RTT. J'ai vu, dans toutes mes expériences de boulot, au cours de ces quinze ans, des souffrances terribles, des vies brisées, des gens abattus et malheureux, des gens qui pourtant se résignaient et acceptaient en silence leurs boulots de merde, faute de pouvoir imaginer une vie meilleure. Je peux dire clairement que ce qui m'a permis de tenir, toujours, fût de réussir à m'aménager des moments considérables pour les luttes, en parallèle de mes boulots ennuyeux. À tout ceux qui bossent, je dis : « Désertez ! Libérez vous avant qu'il ne soit trop tard ! » Alors, tout ça pour quoi maintenant ? L'évidence suivante s'impose aujourd'hui à moi avec assez de clarté : face au vol de nos vies, à l'apparente absence de choix, face aux normes, face à nos sociétés mesquines, face aux étaux qui nous maintiennent tous dans une forme d'esclavage plus ou moins acceptable, face à la confiscation de la souveraineté à tous les niveaux, face aux médias menteurs, à la malbouffe, aux cancers, aux ondes nocives, face à la répression que nous offre pour seule réponse les puissants, la seule alternative viable, réelle, en attendant le chaos qui s'annonce, c'est celle de reconstruire ici et maintenant le maximum d'autonomie, dans tous les domaines possibles de l'existence : alimentation d'abord, énergies, santé, habitat, et bien d'autres domaines... C'est ce que je vais m'atteler à faire au cours des prochaines années, tout en essayant, et ce sera sans doute le plus difficile, de me défaire de la première domination, celle que nous subissons tous, celle du pognon roi, du fric, du blé, de celui qui corrompt, de celui qui achète, qui détourne, qui prostitue, et dont il semble si difficile de se passer, celui dont on a jamais assez, apparemment... Je reviendrais dans un autre message sur ces différents projets qui prennent forme au Ghana, au Togo et ailleurs. Maintenant, il commence à être un peu tard, et je pense à mon père et à ma mère, qui lorsqu'ils avaient mon age, si jeunes, avaient déjà un petit enfant d'une dizaine d'années, à qui ils ont offerts le meilleur d'eux-mêmes, et tant d'amour et de liberté qu'il a su vivre par lui même, et devenir celui qu'il est aujourd'hui. Je vous dis merci. Quand à toi, petit frère, tu es peut-être déjà papa, et ça me fout un sacré coup de vieux. Tu m'as encore doublé dans un virage ! Quand est-ce que tu viens avec toute ta famille manger des mangues au village avec moi, Enyo, et ... Germain, lui, est dans l'avion, au dessus du désert. Je pense à lui. Quitter son pays aimé, adoré même malgré tout, pour assurer un avenir meilleur à sa famille, à ses enfants, quelle plus belle preuve d'amour de la part d'un père qui a tout fait pour changer politiquement les choses dans son pays, et qui doit se résigner, alors qu'on a assassiné tous ses frères, et face à la dictature de père en fils qui s'installe, à chercher des solutions concrètes à l'extérieur ? Je souhaite une longue et belle vie à Germain, et rêve à ses côtes qu'un jour, par ses fils et par ses filles, le Togo et l'Afrique puisse arracher enfin leur indépendance, et inventer un autre monde possible, où la justice et la dignité occupe la place qu'elles méritent. Pour finir, je lui dédie cette fabuleuse et célèbre phrase de Thomas Sankara qui m'inspire parfois dans les inévitables moments de blues : « Là où s'abat le découragement s'élève la victoire des persévérants. » En attendant, je peux vous assurer qu'on ne s'ennuie pas à Lomé : Festival Alimenterre, Festival International du Film des Droits de l'Homme, et autres projections de films militants (Cona-cris : une révolution orpheline, Mascarade(s), Une affaire de Nègres...), réunions avec Attac-Togo, visites aux villages, mise en place d'une néo-amap, etc etc... Pour tous les autres, et en particulier tous les togolais courageux, épris de justice et de liberté, je me contente de vous donner rendez-vous lundi prochain, le 23 novembre à 11h sur le campus de Lomé, pour enregistrer une émission de radio en direct de notre « studio mobile » avec de nombreux invités très précieux, parmis lesquels Dimas Dzikodo, pour remplacer l'émission de RFI qui a été déplacé à l'hôtel Sarakawa pour empêcher la colère étudiante de s'exprimer... Zoul zoul@no-log.org http://www.zoulstory.com Au Togo : +228.081.25.38